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l'école doit créer l'espoir et non la mort

l'école doit créer l'espoir et non la mort
Les clés du futur.


Les récents mouvements qui ont émaillés nos campus dernièrement nous enseignent deux choses fondamentales et il faut s'en souvenir.
Le mal est toujours dans le fruit et il grandit chaque jour et face à cela une nouvelle forme d'étudiant porteur d'un message nouveau est née. Cette race d'étudiant est fondatrice d'une nouvelle forme de patriotisme, on retrouve chez elle une exigence d'action, de responsabilité, de dignité, mais aussi le refus de toutes forme de précarisation et de duperie. Cette race d'étudiants nouveaux est ouverte au monde, elle communique par téléphone portable, connaît toutes les techniques de l'informatique, rêve d'avoir chacun son ordinateur portable, écoute la musique sur IPOD. Ce sont des jeunes hommes et de jeunes femmes qui ne sont plus fascinés par les discours des hommes politiques, ils sont en train de glisser de domination de l' « avoir » vers celle de l' « être ». Ils lisent les nouveaux romanciers, ils ont compris que la tribu n'est pas leur horizon futur, que dans ce monde il faut qu'il se décarcasse et qu'ils bougent en permanence. Il n'accepte plus l'injustice, ils sont impatients et n'acceptent plus de vivre dans un monde, dans un paysage où les riches n'ont aucun mérite de l'être, ils refusent une société où les commis de l'été sont des milliardaires, et où la classe dirigeante ne se renouvelle pas. Ils se disent que leur temps est venu de prendre les choses en main.
Ils ne veulent plus qu'on leur fasse encaisser des savoirs qui n'ont rien à voir avec leur quotidien et qui ne leur serviront pas en entreprises. Ils veulent qu'on leur donne leur chance, ils veulent du travail, non plus seulement celui de la fonction publique, mais qu'on encourage l'initiative privée. Ces jeunes là veulent être compétitifs, ils veulent se mesurer à des petits japonais où à des français sortis de Jussieu. La jeunesse veut des signes forts, les récentes arrestations dans les milieux de la « pègre d'état » camerounaise par le chef de l'état dont nous saluons par ailleurs l'action dans ce sens ont eu le soutient de toute cette jeunesse.
Bien sûr rien n'est parfait, bien sûr qu'il y a encore chez nous des jeunes qui refusent le changements, soient parce qu'ils bénéficient des avantages mal acquis actuels et qu'ils profitent du système, soient parce qu'ils sont tout simplement en marge de l'évolution actuelle des choses, et soient encore parce qu'ils ont tout simplement peur du présent et du futur et croient que la victoire comme dans les films d'horreur est du côté des méchants, et bien sûr aussi l'establishment actuel va compter sur l'endormissement et le pourrissement, sur l'effet du temps qui passe et ne voudrons jamais, et ça se comprend, céder leurs avantages. Le maître ne voulant jamais que l'esclave devienne son égal.

La deuxième chose à retenir de ces mouvements est que les choses devront bouger quoi qu'il en soit. J'ai reçu personnellement une critique qui m'accusait de ne jamais avoir été dans l'action concrète en ce qui concerne le combat qui vise à sortir l'étudiant au cameroun de la misère et de la précarité. Je tiens à dire que je comprends cette critique. J'ai toujours été pour ma part de tous les combats, j'ai pris part aux deux premiers forums des étudiants des universités d'états du Cameroun, à Ngaoundéré et à Buéa au cours desquels j'ai toujours brillé au plus niveau par ma force de proposition. J'ai été l'un des membres fondateurs de la MUSEC (mutuelle de solidarité des étudiants du Cameroun), j'ai dirigé un club culturel à l'université de Yaoundé, j'ai milité pour la création d'un syndicat étudiant et j'ai participé chaque fois que cela se présentait au débat intellectuel dans le campus. En 1996 j'ai été sous le feu de l'action lors des grèves visant la suppression d'une cession d'été payante et limité en terme de nombre d'UV, suppression des frais de bibliothèque, de toilettes et d'accès au campus la nuit pour étudier. Nous avions obtenu gain de cause sur chacun de ces sujets et le départ immédiat du recteur de l'époque. Quand je dis que j'ai quitté la MUSEC parce qu'elle ne me semblait pas être une solution pour l'étudiant, je suis sincère, les pratiques et les choix au sein de cette structure étaient contraires à ma manière de voir les choses et j'avais quitté le bateau. Mais loin de moi toute idée de jeter la pierre à qui se soit ou de faire le procès de qui que se soit, je salue d'ailleurs l'action de l'action dirigeant de cette structure que je ne vais pas nommer ici, sans laquelle la MUSEC aurait dérapée et disparue juste après sa création malgré le financement qu'elle recevait du ministère de l'enseignement supérieur.
Revenons sur notre propos pour dire que les choses ne peuvent pas demeurer là où elles sont. Le monde change, les hommes seront appelés à bouger plus souvent, à changer de métier. Les mouvement anti CPE sont à la fois une preuve que la jeunesse prend son destin en charge et cela arrivera même chez nous, la grève de la faim de nos étudiants en est un témoignage, le sacrifice suprême de deux d'entre eux récemment est un signe fort de ce qui va arriver si rien ne bouge. Les marche anti CPE sont aussi à mon avis un mensonge qui doit interpeller la jeunesse africaine, le monde change, il faudra plus de flexibilité aux entreprises, le travail ne sera plus jamais à vie, la fonction publique des milliardaires sera bientôt enterrée, il faut s'y faire, les lignes vont bouger.
Si nous comprenons cela, admettons que notre université doit changer avec le monde. Ouvrir dans toutes les universités au Cameroun des salles informatiques et multimédia équipées comme il le faut est un impératif. Faire rentrer l'entreprise à l'université est obligatoire. Les stages à tous les niveaux de formation, les formations en alternance, notre pays doit y passer. Redéfinir nos programmes, en fonctions de nos besoins, des besoins de nos populations, c'est ça le but de nos universités si elles veulent être utiles et efficaces et se réconcilier avec la société. La société qui souvent parce qu'elle ne mesure pas l'importance de l'université, parce que cette dernière est loin de ses préoccupations, la juge souvent inutile et la regarde avec admiration, mais avec mépris, suspicion et méfiance au point où elle n'a jamais soutenue aucun de ces mouvement d'humeurs et d'action qu'elle aurait dû pourtant soutenir. L'université de son côté parce qu'enfermée dans sa tour d'ivoire, dans sa bulle, ne comprend pas une société qui change et la regarde avec dédain. Ce divorce d'avec la société n'a qu'une seule
victime, la jeunesse, et les étudiants qui sortent de ces machines rouillées par le temps et par les hommes qui les pilotent. Quand on aura non seulement accepté que les lignes bougent, et penser les actions à mener telles que je les ai préconiser plus hauts, il faudra les mettre en pratique. Sur ce terrain, il n'y a que le rendez de l'action qui comptent. Résoudre le problèmes du chômage des jeunes, financer les initiatives venant d'eux, encourager et adapter leur formation à nos entreprises locales, à notre agriculture, à notre cuisine, à tous ces métiers dont notre société a besoin pour qu'elle soit dynamique, riches et puissante. Sécuriser les parcours professionnels qui seront de plus en plus fragiles et volatils, encourager les entreprises à recruter et à créer de l'activité et des richesses en leur allégeant les taxes fiscales, faire de l'égalité pour tous dans l'émulation une réalité, lutter réellement contre la corruption et tous les vices de notre société. Ce n'est que comme cela qu'on accompagnera en douce ces changements et l'insertion harmonieuse et sereine de notre université et de notre jeunesse dans un monde mondialisé. Ce n'est que de cette manière qu'une nouvelle forme de patriotisme et de citoyenneté à laquelle appelle le chef de l'état verra le jour, c'est le seul terreau sur lequel elle puisse pousser. C'est le terrible choix entre la « médiocrité et l'excellence » tel que l'avait vu le philosophant camerounais Ebénézer NDJOH MOUELLE qui se pose désormais à notre université. Tout ceci exige des dirigeants la transparence, l'équité et la justice qui sont en démocratie les seuls moyens de respecter le peuple. Pour finir, je vais reprendre cette phrase cinglante, terrible et implacable de la porte parole de la jeunesse africaine lors du récent sommet France-Afrique de Bamako mettant en garde les chefs d'états africains : « si vous ne vous occupez pas de nous, c'est nous qui allons nous occuper de vous ».
Pierre Armand
# Posté le lundi 17 avril 2006 09:13
Modifié le lundi 23 juillet 2007 15:30

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